Un emprunt bien peu opportun
La dernière grande initiative du Président de la République interroge : un grand emprunt national.
Le mentor Balladur en avait déjà eu l'idée. Nicolas Sarkozy aurait-il oublier le point 2 de son programme présidentiel : "la maîtrise de nos finances publiques est un impératif moral autant que financier" (sic) ? On a beau dire qu'il s'agit "d'investir pour l'avenir", c'est de la dette en plus, un point c'est tout.
On reprend les vieilles recettes françaises : l'Etat emprunte pour booster un secteur considéré comme l'avenir. Cela me rappelle une scène d'Hibernatus où Louis de Funès déclarait plein de conviction que demain "tout serait nucléaire, même les avions". Et bien, on nous ressort le même scénario. Comme pour le nucléaire dans les années 1970, soyons-en sûr, le "développement durable, gisement d'emplois futurs" sera une des priorités de cet emprunt. Cela permettra de répondre à la demande d'écologie de l'opinion. On le voit, il s'agit d'une visée politique et non pas économique ou sociale. La preuve : les socialistes l'avaient proposé dans leur programme !
La réponse à la crise, ce n'est pas l'emprunt. En effet, c'est bien joli de dire que l'emprunt prépare l'avenir. De toutes les manières possibles, l'Etat emprunte et devra rembourser. Ce sont donc une fois de plus les générations futures qui devront payer. Il ne faudra pas s'étonner quand ces générations arriveront au pouvoir qu'elles prennent les décisions dont leurs aînés n'ont pas eu le courage. Qui les empêchera de diminuer drastiquement les dépenses de retraite gigantesques qu'entraînera le papy-boom ? Le réveil risque d'être douloureux pour les enfants de mai 1968.
L'emprunt n'a qu'un but : sauver la paix sociale. Les socialistes et de nombreux gaullistes ont ce point commun qu'ils estiment que la France a un modèle social issu de l'après-guerre. Nicolas Sarkozy a d'ailleurs beaucoup fait référence aux valeurs de la Résistance (traduisez l'alliance gaullistes-communistes). Et ils sont prêts à tout pour ne pas mettre ce modèle en débat. Nicolas Sarkozy avait bien essayé pendant la campagne mais la survenance de la crise l'a fait taire à jamais sur ce sujet. Il réhabilite alors le rôle "d'amortisseur social" de notre modèle français. Il oublie simplement de dire que cet amortisseur va dans les deux sens : si la crise est très légèrement atténuée, la croissance l'est encore davantage par notre modèle bloquant les initatives et favorisant une économie conservatrice et en rien créatrice. Encore une fois, comme les autres, le Président de la République essaye de sauver l'équilibre social bien chancelant : on met des rustines plutôt que de changer la roue. C'est très décevant.



