L'arrêt de la Grande Chambre de la Cour européenne des droits de l'Homme d'aujourd'hui qui condamne la France est capital. En effet, il répond à la plainte d'une institutrice française homosexuelle qui avait déposé une demande d'adoption en France et dont l'avis de la Commission chargé de l'agrément avait été défavorable.
Avant d'entendre les commentateurs dire n'importe quoi sur cette affaire, précisons l'argument de la Cour : la France est condamnée car elle autorise l'adoption par un célibataire et donc aussi à une personne célibataire homosexuelle puisque le Code civil français "reste muet quant à la nécessité d'un référent de l'autre sexe".
Ce jugement fondé est important car il va dépasser les questions de principe pour enfin mettre l'homoparentalité au coeur du débat. Que l'on soit pour ou contre, l'homoparentalité est un fait et, contrairement à ce que l'on pense, l'adoption est une question mineure car beaucoup d'homosexuels font des enfants de manière naturelle (un couple de lesbienne + un couple d'homos, par exemple). Il va donc falloir se saisir de cette question et y apporter une réponse. La clarification du statut du beau-parent paraît essentielle pour sécuriser les familles homoparentales.
Ce jugement a le mérite de dépasser l'hypocrisie générale : personne ne trouve à redire sur les familles monoparentales, recomposées, décomposées parfois. Alors, pourquoi les familles homoparentales auraient-elles un traitement particulier ?
L'arrêt de la CEDH ne devrait pas faire polémique : la question du père ou de la mère n'est pas remise en cause. Il n'y a donc pas deux mères ou deux pères mais un père + un beau-père et une mère + une belle-mère. Il n'est pas question de casser la famille mais plutôt de reconnaître que, comme les autres, un homosexuel peut avoir un enfant et vivre avec son ou sa compagne qui devient beau-parent. Rien de révolutionnaire, là-dedans.
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