
La réforme de la télévision publique souhaitée par Nicolas Sarkozy et pilotée par Jean-François Coppé est une aberration au XXIème siècle. Je suis contre non pas pour les raisons de la gauche bien pensante. Ce qui ennuie la gauche, ce n'est pas globalement cette réforme, qui est fondamentalement socialiste, mais le fait qu'il y aurait un danger pour la démocratie que cette réforme soit faite par l'actuel Président de la République.
Non, loin de ces postures politiciennes, mon opposition est plus profonde.
La question de la suppression de la publicité sur les chaînes de télévision publique est une erreur. Cette idée part du principe que la télévision publique ne devrait pas se compromettre avec la publicité qui a évidemment un but commercial. Ce point de vue n'est pas anodin car il établit que la télévision publique serait un "service public" et qu'à ce titre, elle devrait être indépendante de toute publicité commerciale. Clairement, il s'agit donc ni plus ni moins d'une plus grande nationalisation de France télévisions.
Première remarque : la télévision publique n'est pas une nécessité. A une époque où les médias sont plurielles, la question de la télévision n'a rien de centrale. Encore moins la télévision publique ! Les sondages disent toujours que les téléspectateurs veulent un meilleur service public :+ de documentaires, + de culture... Et pourtant ces mêmes Français préfèrent regarder les chaînes privées ; il faudrait peut être se le rappeler. En somme, l'on est prêt à créer une télévision publique idéale que personne ne regardera mais dont le citoyen français sera fier, n'en doutons pas ! Bonjour la logique !
Deuxième remarque : la publicité est la meilleure des ressources. Cette vérité est évidente et c'est pourquoi les chaînes du monde entier, publiques ou privées, fonctionnent grâce à la publicité. Cette manie française de vouloir faire autrement que les autres est insupportable. Les recommandations de la commission Coppé, suivies par le Président de la République lors de son discours du 25 juin 2008, prévoient de remplacer la publicité par une taxe supplémentaire sur les chaînes privées qui, suppose-t-on, récupèreront plus de budgets publicité. Surtout, il est prévu de taxer le chiffres d'affaires des fournisseurs d'accès à internet (FAI) et des opérateurs télécom au nom d'un argument ridicule : ces entreprises ont une vaste offre d'images, donc on les taxe ! En clair, ces entreprises qui sont le vecteur de nouveaux médias doivent passer à la caisse parce que leur modèle fonctionne et rapporte beaucoup d'argent. Une belle punition de la réussite ! Les socialistes n'auraient pas fait pire. Evidemment, il ne faut pas oublier au passage que c'est le consommateur qui paiera au final mais tout le monde a l'air de ne pas s'en soucier.
Troisième remarque : la télévision publique est un concept archaïque. La nomination du président de France télévisions directement par le Président de la République est une stupidité. Loin de moi l'idée qu'il puisse y avoir un retour à l'ORTF mais, franchement, est-ce au Président de tous les Français de se soucier de ce mini-sujet, de s'occuper des médias publics ? Les Français n'en ont pas besoin. En outre, cela alimente l'image d'un pouvoir français monarchique et désuet et ce n'est pas souhaitable.
Quatrième remarque : et la RGPP ? La révision générale des politiques publiques (RGPP) lancée par le gouvernement doit permettre de rencentrer les missions de l'Etat et le rendre plus productif. Cette proposition de réforme de la télévision publique qui grossit un peu plus le mammouth étatique est en contradiction complète avec la RGPP.
Conclusion : privatisons ! Il existe une quantité impressionnante de chaînes publiques (F2, F3, F4, F5, FO, et même Arte). pourquoi ne pas en privatiser un certain nombre ? Cela permettrait de réfléchir sur la nécessité ou pas d'une télévision publique et sur ses missions essentielles. Mais cela demande sans doute trop d'audace pour nos hommes politiques...
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