Arte a proposé le 7 octobre dernier un documentaire appelé L'entrepreneur et l'actionnaire. La journaliste Carmen Butta a suivi Guy Wyser-Pratte, un Américain d'origine française, qui investit dans des entreprises européennes pour créer de la valeur au bénéfice de son fonds d'investissement.
Ce documentaire est très intéressant. Il faut, bien sûr, laissé de côté les éléments manipulateurs propres au documentaire : musique sombre et inquiétante quand Wyser-Pratte s'exprime, présentation des managers ayant fait les frais du management de Wyser-Pratte comme des victimes... Il ne faut pas non plus s'arrêter à l'arrogance toute américaine de Wyser-Pratte. Ceci étant, il pose de bonnes questions. J'en donnerai quelques-unes.
Une entreprise appartient à l'actionnaire. Cette vérité répétée par Wyser-Pratte n'est pas si évidente en France. Le Président Sarkozy lui-même oppose "entrepreneur" et "actionnaire". Or, à partir du moment où une société est cotée en bourse, ce sont bien les actionnaires qui achètent des actions de l'entreprise et, à ce titre, sont propriétaires d'une part de l'enreprise. L'intérêt du travail de Wyser-Pratte, c'est de défendre l'intérêt de cet actionnaire en se servant au passage, bien entendu. Autrement dit, créer rapidement de la valeur, ce qui apparaît logique. Cette logique est pourtant totalement incomprise dans notre pays.
Le pouvoir régulateur de l'actionnaire. Wyser-Pratte s'est intéressé à une entreprise allemande : IVKA. Après étude de l'entreprise, il est apparu que le management de l'entreprise était discutable, la division de l'emballage plombant la société. L'idée était donc de se concentrer sur la robotique. Même si Wyser-Pratte souhaite seulement créer de la valeur au bénéfice de son fonds, son action a permis de rationaliser l'organisation de l'entreprise et d'assurer une poductivité et une rentabilité bien plus importante. Dans ce cas précis, l'idée du management précédent qui était de disperser les risques en permettant une croissance modérée était mauvaise puisque la nouvelle stratégie a permis de créer beaucoup plus de valeur. Quoi qu'on pense du raid de Wyser-Pratte, il a été bénéfique pour l'entreprise.
La stucturation politico-sociale européenne est un handicap. On découvre le total désaccord entre l'investisseur américain et le directoire du groupe touristique allemand TUI. Wyser-Pratte souhaite vendre la filiale de TUI : Hapag Lloyd. Sans entrer dans le détail de cette affaire, il apparaît clairement que le président du directoire est dans une vision très européenne des choses. Il met en avant l'appartenance "culturelle" (comprenez "allemande") de l'entreprise, les mesures précédentes de l'Etat en faveur de l'entreprise... Bref, il ne se rend même pas compte que ce qu'il met en avant, ce sont les monopoles et le protectionnisme, comme si cela pouvait créer plus de valeur que l'actionnariat.
La vision du financier américain, même si elle est exprimée de manière caricaturale, permet de mieux comprendre les faiblesses de l'Europe : le népotisme des entreprises familiales, les liens souvent incestueux entre politiques et managers d'entreprise, l'absence de stratégies dynamiques de valorisation de l'entreprise. Une idée simple, comme le dit Wyser-Pratte, serait tout simplement de développer l'actionnariat, notamment en direction des employés d'une entreprise afin que tous se sentent "dans le même bateau". De mon point de vue, loin de valoriser les mesures étatistes toutes aussi mauvaises et compliquées les unes que les autres, ce documentaire fait réfléchir et appelle à plus de dérégulation et plus de libertés. La liberté d'entreprende n'a pas que des qualités mais c'est sans doute la chose la plus juste et la plus simple pour faire marcher notre économie.
Ce documentaire est visionnable gratuitement jusqu'au 14 octobre sur ARTE + 7. Après le 14 octobre, voir le site VOD d'Arte.
"l'idée du management précédent qui était de disperser les risques en permettant une croissance modérée était mauvaise puisque la nouvelle stratégie a permis de créer beaucoup plus de valeur. Quoi qu'on pense du raid de Wyser-Pratte, il a été bénéfique pour l'entreprise."
bénéfique, à court terme!
Les 2 activités ne fonctionnaient pas sur les même cycle, et donc protégeaient l'entreprise dans son ensemble!
Que c'est triste de ne pas voir plus loin que ses pieds!
Rédigé par: A | 05 décembre 2008 à 15:18