
La lettre de mission envoyée par le Président de la République à la ministre de la culture et de la communication, Christine Albanel, suscite quelques remous dans le monde culturel. Certains professionnels seraient "inquiets" selon Le Monde.
L'objet de cette inquiétude ? Nicolas Sarkozy pointe "l'échec de l'objectif de démocratisation culturelle", veut "veiller à ce que les aides publiques à la création favorisent une offre répondant aux attentes du public", notamment en fixant des obligations de résultats aux structures culturelles qui devront rendre compte de leurs actions et de leur popularité.
Il n'en fallait pas plus pour déclencher des réactions hostiles. Petit florilège de l'article du Monde : "c'est l'application de l'audimat au théâtre" (François Le Pillouër, directeur du théâtre national de Bretagne), "dans cette lettre, on voit se dessiner une culture de masse, française, où les enfants apprennent à aimer le patrimoine littéraire de notre pays" (Didier Bezace).
On relèvera dans ces propos le mépris que peuvent avoir certains professionnels de la culture. Ils veulent bien profiter des aides de l'Etat, donc des impôts de tous les Français, mais de grâce que l'on ne leur demande pas d'obligations de résultats !
Que le Président veuille que les structures culturelles étatiques ou subventionnées puissent s'adresser au plus grand nombre ne me semble pas choquant. C'est au contraire le témoignage d'un véritable souci d'ouvrir la culture au plus grand nombre et de contrôler les dépenses de l'Etat.
Surtout, l'argument selon lequel seul un effort soutenu de l'Etat pourrait sauver la création est tout simplement ricidule. J'ai la naïveté de croire que ce qui fait fonctionner l'économie culturelle, c'est le talent et non les subventions publiques ! A Paris, si l'on veut de l'art contemporain, on peut effectivement voir des expositions de grande qualité au centre Pompidou (public) mais également à la Fondation Cartier (privé). Le Musée Jacquemart-André, fondation privée placée sous l'égide de l'Institut de France, est un bijou et cela n'appartient pas à l'Etat. Et je pourrais multiplier les exemples.
Les structures culturelles qui seront en mesure de montrer une programmation audacieuse qui attire du public seront évidemment favorisées dans le nouveau système voulu par Nicolas Sarkozy. Pourquoi s'inquiéter dans ce cas ? Peut-être parce que certains professionnels de la culture se sont habitués à vivre dans un monde fonctionnant en réseau fermé. Même si les commissions se sont largement ouvertes, les attributions d'aides à la création restent franchement subjectives et donc plutôt injustes. De quel droit quelques débrouillards qui ont réussi à entrer dans ce réseau devrait décider de la politique culturelle de ce pays ? Nous avons besoin de créateurs, pas de gestionnaires de la culture.
En donnant une nouvelle direction à la politique artistique et culturelle de l'Etat, Nicolas Sarkozy souhaite simplement faire de la démocratisation culturelle une réalité et mieux contrôler ses aides en fonction de cet objectif. Il est dommage que certains professionnels de la culture, pourtant intelligents, ne se saisissent pas de cette lettre pour faire des propositions au lieu de faire des procès d'intentions.
Face à cet immobilisme aux arguments obsolètes, Christine Albanel agit : la gratuité devrait être prochainement testée dans certains musées nationaux. C'est cela, une concrète démocratisation culturelle.