La pseudo-affaire autour du livre de Frédéric Mitterrand est ridicule. J'avais lu La mauvaise vie en son temps ; ce livre m'avait touché par sa sincérité et sa vérité. Le passage sur la prostitution masculine ne fait jamais mention d'actes pédophiles ; il y est question de "garçons" (majeurs s'entend), pas de "jeunes garçons" contrairement à ce qu'affirme Marine Le Pen. Cet emballement médiatique illustre un fait grave dans notre pays : le retour de la politique morale (à défaut de la morale politique).
Médias coupables. En relayant les propos de Marine Le Pen qui, après tout, est en campagne pour les régionales et doit se faire entendre, les médias ont créé de toute pièce un non-événement. Le livre est connu depuis longtemps et personne ne s'en offusquait quand Frédéric Mitterrand a été nommé ministre. Il est homosexuel et il l'assume mais on dirait que les médias le découvre.
Un discours où pédophilie et homosexualité sont mises dans le même sac. Les journalistes ont sciemment mis en cause la moralité de Frédéric Mitterrand en assénant toute la journée l'idée calomnieuse qu'un homosexuel qui paye des prostitués est forcément pédophile. Que dirait-on si l'on affirmait qu'un hétérosexuel payant des prostituées est un pédophile en puissance ? Tout le monde s'en ficherait et c'est bien le problème. Cette histoire montre une homophobie larvée : un hétérosexuel infidèle, c'est pittoresque ; un homosexuel qui vagabonde, c'est suspect !
Lynchage et lachage. Qui a défendu avec force le ministre de la Culture ? Cécile Duflot des Verts qui est la seule à avoir clairement dénoncé cette polémique. A droite, les plus conservateurs comme Monsieur Vanneste ont demandé la démission du ministre. La garde rapprochée de Nicolas Sarkozy était bien embarassée et maladroite. La palme revient aux Montebourg et Hamon du PS qui osent juger le comportement de Frédéric Mitterrand. Le pire est sans doute le maire de Paris qui garde une réserve coupable dans cette affaire. Comme dirait Frédéric Mitterrand, la politique est un milieu dur.
Un homme sincère. Finalement, ce qu'on rapproche à Frédéric Mitterrand, c'est de ne pas se cacher, de ne pas être discret. Les frasques hétérosexuelles du Président, c'est bien ; les aventures d'un ministre homosexuel, c'est mal ! On ne peut que déplorer cette affaire qui ne grandit pas notre pays. Au moment où les politiques gesticulent ou brassent du vent, Frédéric Mitterrand dit le vrai, tabou suprême !
La politique morale est bien de retour : faire semblant, condamner des attitudes et des comportements, s'offusquer de certaines idées... Quand une démocratie va mal, on cherche des boucs émissaires. La chasse est ouverte et c'est une très mauvaise nouvelle !



